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 En Mémoire d'André Baranne

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris la disparition, mardi 26 Janvier, de notre collègue André Baranne. En plus d’être un opticien de génie, et le père des spectrographes à vitesse radiale modernes tel qu’ELODIE qui permit la détection de la première exoplanète autour de l’étoile 51Pegasus par M. Mayor et D. Queloz, il fut également le fondateur du Laboratoire d’Optique de l’Observatoire de Marseille (LOOM), devenue aujourd’hui notre équipe GRD.



Diplômé de l’Ecole Supérieure d’Optique en 1956, André Baranne débute sa carrière à l’Observatoire de Marseille (OM). Sous l’instigation de Charles Fehrenbach, directeur de l’OM et de l’Observatoire de Haute-Provence (OHP), il devient rapidement Astronome. Il mesure les vitesses radiales au spectrographe Coudé de l’OHP et améliore les systèmes optiques des machines à mesurer les spectres. Il participe à la mise au point d’instruments astronomiques à Zeekoegat, Afrique du Sud, station de l’époque pré-ESO pour l’hémisphère sud.

André Baranne soutient sa thèse intitulée ‘’Le Télescope Ritchey-Chrétien de 3,50m et La Spectrographie à haute résolution’’. Concepteur optique incontournable au moment de la mise en place de l’ESO en 1962, Baranne prépare les premiers grands télescopes et instruments installés à La Silla. Dès 1967 il contribue ainsi aux premières études de conception du futur télescope de 3.6m de l’ESO.

En 1965 il brevète et publie un nouveau montage spectrographique qu’il désigne ultérieurement ‘’montage à pupille blanche’’. Le principe génial de la pupille blanche est de conjuguer exactement la pupille d’entrée du télescope sur le disperseur qui devient ainsi la pupille image dans l’espace spectrographe collimateur-réseau-chambre. Sauf exception, le montage nécessite l’adjonction essentielle d’une lentille de champ. Si un transport d’image est ajouté, une autre lentille ou miroir de champ permettra de conjuguer la pupille ré-imagée. La pupille est dite ‘’blanche’’ car tous les faisceaux de champ sont spatialement et chromatiquement confondus sur la pupille-image.

Sur ce principe, André Baranne conçoit de nombreux spectrographes qui sont construits notamment pour l’OHP, le CFHT, La Silla et le Calar-Alto : TGR-193, EchelEC-152, RVCass-152, CORAVEL, CassHawEC, Essefem et ELODIE. Ces instruments sont optimisés pour des détecteurs 2D : la camera électronique (EC) Lallemand-Duchesne, ou des masques 2D focaux pour la corrélation spectrale par disperseur croisé fournissant une mesure rapide et précise de la vitesse radiale, ou encore pour la spectroscopie multi-objets en camera CCD mosaïque.

Parmi les spectrographes Baranne, ELODIE à l’OHP - successeur de CORAVEL - est un instrument à dispersion croisée, avec un grism par transmission et un réseau échelle par réflexion, qui génèrent un spectre à deux dimensions sur tout le domaine spectral. Michel Mayor collabore avec André pour réaliser la corrélation, par filtre focal 2D d’un spectre d’étoile de référence de type standard, et obtenir ainsi la détection rapide et précise de la vitesse radiale d’étoiles à analyser. La corrélation en vitesse radiale atteint une précision inégalée de 10 à 15 m/s et conduit en 1995 à la découverte de la première exoplanète autour de l’étoile 51 Pegasus. Cette découverte vaudra à Michel Mayor et Didier Queloz de recevoir le Prix Nobel de Physique en 2019. Après ELODIE, viendront les spectrographes CORALIE, SOPHIE, HARPS, HARPS-Nord, Espresso, etc.

Sous l’égide de Fehrenbach, Baranne fonde en 1970 le Laboratoire d’Optique à l’OM (LOOM) qui se dote de moyens de surfaçage optique allant jusqu’à 2m de diamètre. Le LOOM réalise entre autres, les optiques de deux télescopes Ritchey-Chrétien identiques de 1-m avec correcteur dioptrique à champ plan - les MARLY-1 du Chiran et MARLY-2 du Gornergrat, et l’un des deux miroirs de 1.5-m du GI2T du Plateau de Calern ainsi que les miroirs du télescope Ritchey-Chrétien solaire THEMIS de 1m.

Comme suite au projet Keck de 10m segmenté, un nouveau concept de télescope segmenté TEMOS - télescope en mosaïque -, ayant un miroir primaire sphérique de 8m d’ouverture et un miroir Cassegrain déformé par optique active, fait l’objet de plusieurs publications Baranne & Lemaitre. Il est proposé à ESO. Le prototype TEMOS4 de 1.5m équivalent est construit et testé avec succès sur le ciel de l’OHP. Après réunions et discussion en colloque, ESO abandonne l’alternative segmentée et décide de construire le VLT sous forme de télescopes monolithiques.

En histoire des sciences, la recherche du prénom de Cassegrain, auteur du fameux télescope, aboutit à l’article intitulé ‘’Cassegrain : un célèbre inconnu de l’astronomie instrumentale’’ de Baranne & Launay (1997) et comble une lacune très regrettable. Il s’agit de ‘’Laurent’’ Cassegrain.

Depuis les années 1970s, l’équipe d’astronomes, de chercheurs instrumentalistes et d’ingénieurs, fondée par André Baranne, n’a cessé de s’étoffer – elle compte aujourd’hui une trentaine de personnes - et de contribuer à l’instrumentation des grands télescopes (CFHT, VLT, VLTI .. et ELT). En 2017, à l’occasion d’une restructuration thématique du Laboratoire d’Astrophysique de Marseille, le LOOM fondé par André Baranne est ainsi devenu le Groupe R&D optique (GRD).

Nombre de collègues ont apprécié le plaisir de le côtoyer et de travailler avec lui. De par son intégrité, sa modestie et ses qualités humaines, nous perdons avec André Baranne un grand scientifique en Instrumentation Astronomique. Si vous souhaitez exprimer vos condoléances, merci de nous les faire parvenir par mail. Nous en ferons une compilation qui sera transmise à la famille.

Gérard Lemaitre et Marc Ferrari, pour l’équipe GRD.




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